Ari quepay

Arequipa, pourrait venir, selon les étymologies, des mots quechua Ari et quepay, signifiant Ici, restez vous. Cette phrase a été le point de départ de mon projet au Pérou. Ma recherche photographique a pour but de dresser des portraits de famille des péruviens, citadins - habitants de la ville d’Arequipa - et ruraux, pour identifier et mettre en lumière la diversité culturelle et linguistique du grand sud péruvien et particulièrement de la Ville Blanche.

Terre d’immigration pour certains, d’émigration pour d’autres, le Pérou est aujourd’hui pluriculturel et multilingue. Des communautés quechuas et amérindiennes aux communautés asiatiques, européennes et afro-péruvienne, le pays a vu, selon les périodes, des vagues migratoires qui ont construit son identité actuelle.
A travers un dispositif préalablement établi et qui est le même pour chaque famille, je mène des entretiens sonores sur l’histoire familiale - ses origines, ses déplacements - et réalise un portrait de famille de mes interlocuteurs pour identifier qui sont les péruviens d’aujourd’hui.

FAMILLE CHECA BERNAL De gauche à droite : Sebastían Checa Bernal, Maria Chipa Checa Bernal, Yojana Checa Bernal, Cristofer Lima Bernal, Gloria Bernal Mamani, Daniel Bernal, Paula Elvira Choque Mamani, Sebastían Checa Sarayasi, Sayuri Checa Bernal //// Sebastían Checa Sarayasi //// Je m’appelle Sebastían Checa Sabayani. Je suis né à Maca le 25 février 1969. Ma mère était Espinar, de Cusco. Je vis ici à Coporaque. Ma femme s’appelle Jesusa Bernal Mamani. Du côté de ma femme, ils sont tous nés ici. Ma belle-mère et mon beau-père sont toujours en vie. Avec ma femme on est mariés et on a cinq enfants. Quatre filles et un fils. Ma fille aînée s’appelle Carolina, celle qui suit Rosemary, Yojana, Sebastían, et la petite dernière s’appelle Sayuri. Elle a quatre ans. Mes parents et grands-parents étaient agriculteurs. Quand mes grands-parents sont morts, mon père a dû descendre de sa ferme à la montagne pour venir ici au village. C’était difficile de rester. Ils ne se sont pas habitués. Ils se sont achetés un petite maison. Avant je travaillais à la mine. C’était une mine d’or, vers Ares, Caraveli. C’était à Alcata. D’ailleurs, les mineurs continuent d’y travailler. Je travaillais dans le tunnel de la mine. Je suis venu ici quand mes parents sont morts pour m’occuper du terrain de mon père, parce que ses terres restaient en friche. Personne ne les cultivait plus. Et j’ai aussi dû améliorer sa maison. L’année dernière avec le séisme, on a eu beaucoup de dégâts. Les maisons se sont écroulées. Juste là, il y avait une maison qui est tombée. Je l’ai rénové. Les chambres sont quasiment antisismiques maintenant. Elles sont faites avec des matériaux rustiques, des techniques anciennes qu’on continue d’utiliser. La terre et la pierre. (...)
FAMILLE BERNILLA MENESES De gauche à droite : Ana Julieta Bernilla Carbajal, Alberto Bernilla Menenses, Isabela Guçman Abarca, Juan José Bernilla Meneses, Rosa Meneses Moreno, Sergio Bernilla Meneses, Jorge Eduardo Bernilla Meneses //// Rosa Meneses Moreno //// Je m’appelle Rosa Meneses Moreno. Je suis née à Lima, le 30 août 1962. Ma mère est du département de Huancayo, de la sierra du Pérou, elle travaillait dans une usine qui fabriquait des produits cosmétiques. Aujourd’hui elle vit à Lima et elle est retraitée. Elle a travaillé donc elle reçoit une pension avec laquelle elle subsiste. Mon père est de Lima. Il était vendeur de fruits à Lima. Avant il avait un tricycle pour se déplacer où il entreposait ses fruits. Il les vendait à différents endroits de la ville. J’ai quatre fils. Jorge Eduardo est chef, Alberto est professeur, Juan José fait des études d’ingénieur agroalimentaire et Sergio suit une formation en technologie médicale. Moi je suis promotrice de ventes. Je me suis mariée à Lima. J’ai connu mon mari à l’Université, je travaillais, et lui il était étudiant, on s’est mariés. À cause de son travail on est partis plusieurs fois de Lima. On a vécu à Huacho, ensuite à Tacna, et après son entreprise l’a amené à Arequipa et c’est ici qu’on a divorcé. Il est tombé amoureux et il est parti. Cela fait quinze ou seize ans. (...)
FAMILLE CANEDO PATTHEY De gauche à droite : Fernando Canedo Abuapara, Cristóbal Canedo Patthey, Natalie Patthey Kaufmann, Anahí Canedo Patthey //// Natalie Patthey Kaufmann //// Je m’appelle Natalie Patthey Kaufmann. Je suis née le 8 juin 1987 à Arequipa au Pérou. Ma mère est Suisse et mon père est moitié Suisse moitié Péruvien. Du côté de ma mère, ils sont tous Suisses. Mon grand-père était Suisse allemand, ma grand-mère Suisse française. Je ne sais pas grand chose parce qu’en réalité mon grand- père est assez réservé. Je sais juste qu’ils se sont mariés, et ont fini par vivre à Genève. Ils ont eu deux enfants. Du côté de mon père, ma grand-mère est péruvienne, arequipenienne, fille unique. Son père était miliaire, de la haute société arequipénienne, elle passait ses étés à Mollendo. Mon grand-père paternel est Suisse, il est venu au Pérou pour un travail qu’on lui a proposé dans les chemins de fer, donc ils allaient à Mollendo, et c’est là-bas qu’ils se sont connus. Je suis mariée avec Fernando Canedo. Il est arequipénien mais il a aussi des ascendants arabes. Du côté de son père, ils sont Péruviens, et du côté de sa mère ils sont tous de Beit Jala, en Palestine. Les parents de sa grand-mère sont arrivés à Arequipa pour faire du commerce vendre des tissus, des vêtements. J’ai deux enfants, Cristóbal et Anahí. Anahí est l’aînée et a quatre ans et Cristóbal a deux ans et un mois. J’aimerai inculquer beaucoup plus à mes enfants. Mieux connaître la culture suisse, parce qu’ils perdent tout ça avec le temps. Je veux dire, comme ma mère est Suisse suisse, c’est sûr qu’elle nous l’a transmis. Mais mes enfants, ç’est plus compliqué. Ma mère parle français, écrit le français, mais moi je ne parle plus, et mes enfants, en réalité ils ne parlent pas du tout. (...)
FAMILLE HUARCA SULLCA De gauche à droite : Amelia Huarca Sullca, Ruth Marina Cruz Huarca, Lidia Rosa Cruz Huarca //// Amelia Huarca Sullca //// Je m’appelle Amelia Huarca Sullca.Je suis née en 1990,le 25 septembre. À Acomayo, près de Cusco. C’est là d’où je viens. Mon papa m’a abandonnée quand j’avais trois ans. Et ma mère m’a abandonnée à... Elle m’a confié à une autre personne quand j’avais six ans. J’ai grandi avec quelqu’un d’autre depuis mes six ans. Ma mère est décédée quand j’avais quinze ans. Parce qu’elle était alcoolique, elle buvait, beaucoup. La famille de mon père lui a tout pris, sa maison, ma maison, avant on avait des animaux, des brebis, on avait des lamas, on avait tout. Et mes oncles lui ont tout pris, tout pris. Mes frères vivent toujours à Cusco. Ils ne veulent pas entendre parler de moi. Quand j’étais jeune un des mes frères m’a dit que ce n’était pas à moi de me trouver un mari. Je ne lui ai pas donné raison à mon frère. Depuis, ils ne veulent rien savoir de moi, aucun de mes frères, ils ne veulent pas rentrer la dedans. C’est comme ça, chacun sa vie. Là où je vivais, ce n’était pas à Cusco même. C’était loin. Il y a aussi des collines. Ma maison était aussi dans les collines. On montait en marchant une heure, deux heures, on grimpait jusqu’à ma maison. Ici je suis venu... une femme m’a amenée ici à Arequipa, à Miguel Grau. Elle venait de chez moi. Et elle m’a fait travailler comme femme au foyer, je m’occupais des enfants. Je travaillais tous les jours pour eux. Ils me payaient une misère, quand ils voulaient bien me payer. Cinquante soles le mois. (...)
FAMILLE LENCINAS TICONA De gauche à droite : Wilgen Lencinas Sardón, Juan Manuel Lencinas Ticona, Lilian Eliana Ticona de la Peña //// Wilgen Lencinas Sardón //// Je m’appelle Wilgen Lancinas. Je suis né à Juli, qui se trouve à quatre-vingt kilomètres au sud de Puno, le 13 juillet 79. Toute ma famille est de Juli, nous sommes nés à Juli, mes parents sont aussi de là-bas. Nous sommes dix, cinq frères et cinq soeurs. Je suis le dernier de tous. Mon grand-père paternel était juge à Juli. Et ma grand-mère femme au foyer. Du côté maternel, mes grands-parents étaient agriculteurs. Mon père était professeur et ma mère femme au foyer. Ma mère s’est aussi consacré à l’artisanat, elle cousait. A part ça, elle vendait quelques accessoires en argent, des vêtements, des boucles d’oreilles, des bijoux. Ça l’aidait aussi économiquement parlant. Nos parents nous ont toujours inculqués des valeurs comme le respect, l’honnêteté, et le fait de travailler, d’être responsable au sein de la société et au sein de la famille que nous formerons. Je me sens aymara, parce que mes racines sont de cette zone. Je suis marié à Eliana. J’ai deux fils, Juan Manuel a dix ans et Diego José cinq. Eliana est andine de Sandia, cela se trouve au nord de Puno, dans la zone quechua. On s’est connus à Juli, parce qu’elle était venue travailler là-bas. On est venus à Puno, parce que je venais finir mes études, et donc elle a quitté son travail à Juli pour venir ici à Puno, on a pu se retrouver. On s’est mariés et après Juan Manuel est né. Elle travaille comme docteur dans un institut supérieur, elle est ingénieur en systèmes. A Puno, il y a des gens entre de la zone quechua et de la zone aymara. Les deux cultures se rassemblent, l’aymara et la quechua. Ce sont des cultures à la fois très différentes et complémentaires. L’aymara est un peu plus sec, plus ambitieux, plus guerrier par rapport à son histoire. Le quechua plus noble, plus passif. C’est pour cela que parfois on voit la différence, plus au nord, c’est un peu plus pauvre, et le sud a pas mal de ressources. (...)
FAMILLE NEIRA CAYO De gauche à droite : Lian Itaka Curo Neira, Lidia Cayo Borda, Valerio Bonifacio Neira Apaza, Geraldine Neira Quispe, Milagros Anali Neira Cayo, Ronald Neira Cayo, Beto Neira Cayo //// Milagros Anali Neira Cayo //// Je m’appelle Milagros Anali, j’ai deux prénoms, et mon nom Neira Cayo. Je suis née le 14 novembre 1987 à Juliaca. Ma mère est de Caracoto, qui est un village proche de Juliaca, sur la route de Puno. Et mon père est d’Atuncolla, un autre village. Ils se sont connus et se sont installées à Juliaca. Je vis actuellement dans la maison de mes parents, on y vit avec quatre de mes frères. Nous sommes six enfants. Mon père a son atelier, il répare, lave et peint des voitures. Mon frère aîné Beto vit ici, il travaille avec mon père, le deuxième Fredy, travaille aussi avec mon père, mais vit un peu plus loin, au coin de la rue. Après il y a mon frère Ernesto, qui étudie, et après il y a Ronald qui travaille ici avec mon père mais qui vit autre part. Et après ça, c’est moi, et puis Valerio mon petit frère, qui travaille autre part mais revient dormir ici. Je suis infirmière. J’ai commencé il y a peu de temps. Je suis une personne très simple, j’aime partager, aider les gens, sociabiliser. Même si les gens me traitent mal, je continue d’être à leurs côtés, de les aider. Je pense aussi que c’est pour cela que j’ai choisi le métier d’infirmière parce que c’est un métier où l’on s’occupe des gens, ont est toujours en train de les aider, de les mettre en valeur. Et plus que tout, j’aime valoriser les adultes. Plus que les enfants. Parce que tout le monde est concentré sur les enfants parce que c’est le futur de beaucoup de pays. Mais parfois on ne valorise pas les adultes qui ont pourtant fait beaucoup de choses pour qu’aujourd’hui nous puissions profiter du présent. (...)
FAMILLE ARENAS CARNERO De gauche à droite : Marie Elena Arenas, Obdulia Arenas, Nelson Ino Arenas Paredes, Laira Zoila Isabele Arenas Carnero, Carmen Magaly Carnero Rivera. En photo : Junior Joel Oslando Gamio Carnero //// Nelson Ino Arenas Paredes //// Je m’appelle Nelson Ino Arenas Paredes. Je suis né à Arequipa le 20 mai 1952. Je suis journaliste, j’ai travaillé quasiment toute ma vie à la radio et à la télévision mais je n’exerce plus parce que malheureusement j’ai perdu un peu de mon audition. Ma famille vient de la région d’Arequipa, à vingt kilomètres d’ici, ça s’appelle Yarabamba. Nous sommes un mélange d’espagnols et de gens qui viennent à proprement dit du Pérou, et c’est cette fusion d’origines que nous appelons à Arequipa le Lloncco, le métisse. Mais on connait plus le terme Loncco ici parce que les personnes Loncca se vouent au travail rural, au travail des champs. Ou à l’ensemencement ou à l’élevage du bétail. Mes grands-parents ont toujours été éleveurs ou agriculteurs. C’était leur mode de vie. Mon père aussi était éleveur. Ma mère était agricultrice, c’était une femme d’un tempérament très fort, juste avec son regard elle dominait, il n’y avait pas besoin qu’elle dise quoi que ce soit. Et mon père était un homme bon enfant. Ils se complétaient bien et je suis né de cette union. Je suis le dernier d’une famille de cinq enfants. (...)