Liberdade

Liberdade, (liberté en portugais) est le nom du quartier japonais de São Paulo au Brésil. 22 millions de personnes vivent à São Paulo, dont 1,4 million de Brésiliens d’origine japonaise. La mégalopole accueille la communauté japonaise la plus importante au monde, en dehors du Japon. En commençant mes recherches, j’imaginais les deux cultures brésilienne et japonaise comme très opposées. La réalisation de mon travail vidéo au Brésil en 2011 a montré qu’en fonction de l’histoire de chacun, l’influence des cultures est plus ou moins présente. J’ai porté mon intérêt sur « l’étrangeté » de cette double culture : entre la culture d’origine et la culture d’adoption.

Que pouvait-il rester de la culture japonaise à travers les générations ? Je suis allée à la rencontre de personnes de différentes générations -les isseis, premiers arrivés, nés au Japon, les nisseis, leurs enfants, les sanseis, leurs petits-enfants, les yonseis, arrière petits-enfants- de Brésiliens d’origine japonaise. Je cherchais à savoir si la transmission de la culture japonaise s’était faite et si elle était encore présente chez les descendants directs des immigrés.

Liberdade, (“freedom” in Portuguese) is the name of São Paulo’s Japanese district. 22 million people live in the metropolitan area of São Paulo, including 1.4 million Brazilians of Japanese origin. The megalopolis is home to the largest Japanese community outside Japan in the world. When I began my research, I had imagined the Brazilian and Japanese cultures here to be conflicting. The realisation of my video recordings in Brazil in 2011 revealed that, according to stories from each individual that I interviewed, the influence of both cultures is often more or less present in some way or other. I took an active interest in the “newness” of this dual culture: between the cultures of origin and adoption.
Would future generations carry the torch for Japanese culture? I went to gatherings of different generations – the isseis (the first set to arrive, having been born in Japan), the nisseis (their children – the second generation), the sanseis (grandchildren of the isseis), the yonseis (great-grandchildren) of Brazilians of Japanese origin. I wished to know if the Japanese culture had been truly passed down through the generations, and whether or not it was still present within the direct descendants of the first wave of immigrants.

Bruna Suzuki. Née à São Paulo, au Brésil. Ma grand-mère et mon grand-père sont nés vers 1920. Quand ils avaient 20 ans, on savait déjà que la Seconde Guerre mondiale allait éclater, le Brésil était le seul pays au monde à recevoir des immigrés, alors mes grand-parents sont partis pour fuir la guerre et quand ils sont arrivés au Brésil, ils ont travaillé pour des italiens dans les plantations de café et avec l’argent économisé, mon grand-père a réussi à acheter un petit terrain, ici à São Paulo. Mes grand-parents ont introduit la technique de la teinturerie, l’art de teindre les vêtements, changer le vert en noir.

Je n’ai qu’une grand-mère en vie aujourd’hui, ma grand-mère paternelle. Elle me racontait qu’elle mangeait dans un pot de chambre parce qu’elle ne savait pas ce que c’était, quand elle est arrivée au Brésil, elle ne savait pas parler. Alors je crois qu’au début, ça a été très douloureux, c’est pour ça qu’ils préfèrent ne pas en parler parce que les japonais, ils ont une certaine dignité quand il s’agit de leur pays, alors beaucoup d’entre eux considèrent qu’avoir laissé son pays c’est comme une trahison.

Ma mère depuis toute petite, ne parlait pas bien portugais. Et mon père non plus, ils ont donc baigné dans la culture japonaise avec mes grands-parents, moi seulement un peu mais ils ont encore des choses qui, ne sont pas très claires, que l’on ne peut pas vraiment comprendre, mon père par exemple est typiquement macho et ma mère est une femme soumise […].

Bruna Suzuki. Born in São Paulo, Brazil. My grandparents were born around 1920. When they were 20 years old and were aware that World War II was breaking out, Brazil was then the only country in the world welcoming immigrants. My grand-parents fled Japan, searching safety from the war and when they arrived in Brazil, they worked for a group of Italians in the coffee plantations. With the money that they were able to save, my grandfather managed to buy a modest plot of land here in São Paulo. My grandparents introduced the techniques of dry-cleaning and the art of dyeing fabric here, transforming their colour from green to black […].

Mon nom japonais est Yutaka Toyota. Je suis né au Japon, mes parents aussi, tout le monde. J’y ai été élevé jusqu’à mes 18 ans plus ou moins. J’étais à Yamagata. Je suis toujours resté dans cette ville de province, j’ai donc le cœur, le sang japonais, je suis vrai japonais. J’ai été baigné dans cette atmosphère spiriruellement.

Depuis tout petit, j’aime beaucoup la peinture. J’ai appris à l’université d’art de Tokyo, et après je suis allé à l’Institut de recherche industrielle de Shizuoka, un Institut de l’Etat, et là aussi j’y ai beaucoup appris sur le design et sur les matériaux industriels. Je travaillais pour l’Institut de recherche industrielle et je donnais des cours. A cette époque-là, il y avait Yamaha, Honda, toutes ces entreprises étaient dans la région de Shizuoka. Et là où je donnais les cours, il y avait une usine de machines à coudre, et cette usine voulait s’implanter au Brésil. Le président m’aimait beaucoup, alors il m’a demandé : « Monsieur Toyota, vous ne pourriez pas nous suivre, car notre usine va s’implanter au Brésil ? Le Brésil est riche en bois et tous ces types de matériaux, c’est pour ça que nous voudrions nous y implanter » […].

Yutaka Toyota. I was born in Japan, along with my parents, and everyone else. I lived there for just over 18 years growing up. I was in Yamagata. I was raised in the city, therefore my heart and blood are truly Japanese. I have been spiritually bathed within this environment.

Since a very young age, I’ve always enjoyed painting. I studied at the Tokyo University of the Arts and subsequently attended the Industrial Research Institute of Shizuoka, a state institute, where I also learned much about design and about industrial materials. I worked for the Industrial Research Institute and taught classes there. During this period, Yamaha, Honda, and many other international enterprises were emerging from the Shizuoka Prefecture. There was a plant full of sewing machines where I taught classes, and the company that owned the plant wanted to establish itself in Brazil […].

Mayumi Kobayashi Okuyama. Je suis née à São Paulo. Ma relation avec le Japon vient de mes grands-parents, de ma grand-mère principalement avec qui je m’entends très bien. Je ne suis jamais allée au Japon mais dans la vie de tous les jours, avec la nourriture, quelques habitudes, je maintiens un lien avec le Japon.

La famille de mon père est venue avec cette vague d’immigrés qui sont venus pour travailler comme agriculteurs. Ils se sont installées dans le Paraná, nous avons une propriété là-bas, qui appartient à la famille. Quant à la famille de ma mère, elle est venue dans un contexte plus urbain, c’est mon arrière grand-père qui est venu pour exercer en tant que médecin pour les japonais immigrés au Brésil. Parce qu’ils étaient nombreux, ils ne savaient pas parler portugais. Et il commençait à y avoir un problème de santé à proprement parler, car ils tombaient malades et ne savaient pas comment s’exprimer. Il s’est installé à São Paulo mais de là, il devait régulièrement aller en province. Ca devait être en 1910, quelque chose comme ça […].

Mayumi Kobayashi Okuyama. I was born in São Paulo. My relationship with Japan traces its origins back to my grandparents, mainly to my grandmother, with whom I get along very well. I’ve never been to Japan, but even throughout my daily life – through my food, through certain customs – I maintain that link with Japan.

My father’s family arrived with a wave of immigrants who came to work as farmers. They settled in Paraná, where we have a property in our family’s name. With respect to my mother’s family, she settled into a more urban environment, as my late grandfather was a doctor who arrived to treat the Japanese immigrants in Brazil. As they were so many, they didn’t learn to speak Portuguese. And he too started to have health problems, strictly speaking, due to his work from the sheer number of them falling ill and not being able to properly express what afflicted them.  He settled in São Paulo, but travelled frequently around the province. That would have been around 1910 […].

Daniel Augusto Utsumi. Je suis né à São Paulo, à l’hôpital Saboya. Mes grands-parents aussi bien du côté de mon père que du côté ma mère sont japonais. Mes parents, eux, sont brésiliens.

Mon grand-père paternel est venu à la fin des années 20, il racontait qu’il avait prit un bateau et qu’il était resté quarante cinq jours en haute mer pour venir jusqu’ici. Mon grand-père était ingénieur agronome, il est donc venu pour son travail, et puis, il a travaillé dans une petite ferme. Ma grand-mère est arrivée après, elle était professeure, mais après elle est restée avec mon grand-père et elle n’a plus travaillé. Il s’agissait de ces mariages de convenance, alors ça a duré un peu, mon grand-père ne connaissait pas ma grand-mère, il l’a connue après, ils se sont connus d’après photos et ma grand-mère a donc pris la décision de venir pour se marier. Elle est donc venue au Brésil après sept ans. Mon père est très réservé, il ne parle pas beaucoup de la famille, ni de lui non plus. J’essaie de respecter son silence […].

 

Daniel Augusto Utsumi. I was born in the Saboya hospital in São Paulo. My grandparents from both my mother’s and father’s sides are Japanese. My parents themselves are Brazilians. My paternal grandfather came towards the end of the twenties – he told us that he had taken a boat and travelled for forty-five days on the high seas to come here. He was an agricultural engineer who had travelled due to his job, and began work here on a small farm.  

My grandmother arrived later – she was a teacher, but stopped working after moving in with my grandfather. It began as one of these marriages of convenience, which lasted a while. My grandfather didn’t initially know my grandmother – they got to know each other later on, after seeing photos of each other. My grandmother subsequently decided to come and get married. She came to Brazil seven years later. My maternal grandparents arrived in the thirties – they came to look for work and the promise of a new life […].

Francine Sakata. Née à São Paulo. Ma mère est portugaise et mon père est d’origine japonaise, ses parents étaient japonais, ils sont venus au Brésil, il est né dans la ville de Rancharia.

Ma grand-mère est venue très jeune, mon grand-père lui, était plus âgé quand il est venu, dans le dernier bateau qui allait au Brésil. Ils sont venus pour travailler dans le café, puis le coton, après ils sont allés à São Paulo quand leurs enfants ont commencé à étudier, à entrer à l’université.

Jusqu’à l’âge de cinq, six ans, mon père ne parlait que le japonais mais ensuite il a commencé à parler portugais et sa famille n’a plus attaché d’importance à la langue japonaise parce qu’à l’époque ce n’était pas quelque chose que l’on valorisait, c’était même quelque chose que l’on voulait un peu cacher, cette origine immigrée […].

Francine Sakata. Born in São Paulo. My mother is Portuguese and my father is of Japanese heritage – his parents were Japanese immigrants who settled in Brazil, he was born here in Rancharia.

My grandmother came here at a very young age, my grandfather himself was older when he arrived in the last boat that set sail to Brazil. They initially came to work in the coffee, and later cotton, plantations before making their way to São Paulo when the time came for their children to enter university.

My father spoke nothing but Japanese until the age of five or six, but then began to speak Portuguese as his family stopped attaching so much importance to the Japanese language. During that era, it was Japanese was not something that was assigned great value, but was instead viewed as something that required concealment – as part of their immigrant origins […].

Ricardo Matsumoto. Né à São Paulo, dans la capitale de l’État, au Brésil. Mon père est brésilien, il est né à Marília, une ville qui se trouve à l’intérieur des terres de São Paulo. Il est fils d’un japonais, qui est venu du Japon en bateau, un immigrant, au début du XIXème siècle lors des premières émigrations. Mon grand-père s’appelait Matsutoku Matsumoto. Il fait vraiment partie de ces pionniers. Il est venu pour travailler, en réponse à cette proposition faite par le gouvernement brésilien au Japon, il est venu avec cet état d’esprit d’immigrant, pour refaire sa vie ici. Si bien que c’est ce qu’il a fait et il n’est jamais rentré.

Il s’est installé à Marília, en province, pour travailler dans les champs. Il a fondé sa famille ici, il a trouvé du travail, après il a ouvert un commerce là-bas à Marília. C’est là-bas qu’il a connu ma grand-mère qui est brésilienne, née au Brésil, descendante d’allemands et de portugais […].

Ricardo Matsumoto. Born in the Brazilian city of São Paulo. My father is Brazilian, born in Marília. He is the son of a Japanese immigrant who left by boat at the beginning of the nineteenth century, during the first wave of immigration. My grandfather was called Matsutoku Matsumoto. He was a genuine pioneer. He came for work, in response to a proposal made to Japan by the Brazilian government. With that innate immigrant spirit, in order to restart his life here. So much so that he ended up achieving his dream and never returned. My mother was also born in Brazil – my maternal grandmother is of German Jewish heritage, and fled via France to Brazil in 1938 with her mother and sisters. They arrived in a boat, right before the war broke out. My maternal grandfather was a Polish Jew who also fled due to the war. He eventually met my grandmother here in Brazil – both being of Jewish stock. One German, and the other Polish. In any case, and getting back to the matter at hand, I myself am Japanese, Portuguese, German, Polish and Jewish. Well, Brazilian […].

Je m’appelle Carolina Cunha Nikaedo. Je suis née à São Paulo. Mon père est de parents japonais, mon grand-père et ma grand-mère étaient donc japonais, mais mon père est né ici, au Brésil, je suis donc d’origine japonaise du côté de mon père et d’origine portugaise du côté de ma mère.

C’était exactement à l’époque de la Seconde Guerre mondiale que mes grands-parents sont venus, encore tout jeunes, ils fuyaient la guerre. Plusieurs bateaux sont venus du Japon, à l’époque, je crois qu’ils ne sont pas venus dans le même bateau mais ils ont fini par s’installer dans la même ville, dans l’Etat de São Paulo, avec une grande colonie japonaise, si je ne me trompe pas, dans une ville qui s’appelle Jaborandi.  Le Brésil représentait encore une opportunité pour continuer à vivre et ne pas mourir. Ils ne parlaient pas la langue, ils ont fini par s’enfermer dans leur propre communauté, je pense que c’est donc à ce moment-là qu’ils se sont rencontrés, que mon grand-père a connu ma grand-mère. Ils se sont mariés et ils ont eu huit enfants.

Mon nom de famille c’est Nikaedo, mais lorsque mes grands-parents sont arrivés au Brésil, au moment de faire les papiers, on l’a mal orthographié parce que c’était un nom bizarre. Mon nom s’écrit à l’origine Nikaido, avec un i, mais dans la famille il y a des Nikaido, Nikaedo, il y en a plusieurs … On est tous de la même famille mais avec différentes orthographes […].

My name is Carolina Cunha Nikaedo. I was born in São Paulo. My father is of Japanese heritage – my grandfather and grandmother are Japanese immigrants – but my father was born here in Brazil.  I am therefore of Japanese origin on my father’s side and Portuguese origin on my mother’s side.

It was during the Second World War precisely, that my grandparents came – still very young – as they were fleeing the war. Several boats came from Japan during that period. I believe that they didn’t quite arrive in the same boat, but that they, along with a large Japanese colony, both ended up starting new lives in the same city within the state of São Paulo. In a city named Jaborandi, if I am not mistaken. Brazil still represented an opportunity to continue one’s life without the fear of death. They didn’t speak the language, but confined themselves to life within their own community. I think that it was therefore around then that my grandfather first got to know my grandmother. They married and had eight children […].

Fernando Sunao Vargas Guabára. Je suis né à São Bernardo. Mon père est japonais, il est né au Japon, dans la province de Nigata. Et ma mère, elle, est brésilienne, elle est née dans l’Etat de São Paulo. La famille de mon père, ils sont venus en bateau, le voyage a commencé du port de Yokohama, d’où partaient à l’époque les immigrés, et ils sont venus par le sud de l’Asie, ils sont passés par l’Inde, ils ont contourné le sud de l’Afrique et ils ont ensuite continué vers l’Amérique. Un voyage en bateau qui a duré trois mois ou six mois. Mon père avait douze ans, il s’en souvient donc bien. Il est venu avec sa famille. A l’époque, sa mère, son père et ses deux frères. C’était lui l’aîné des enfants. C’était en 1958. Cette partie de l’histoire de la famille japonaise, a toujours été un sujet un peu mystérieux. Mon père n’en parlait pas beaucoup, on pensait que c’était dû à un choc. Ce que nous savons c’est que les débuts ont été très éprouvants. Ils étaient immigrés, ils n’avaient pas d’argent, ils ont été obligés de travailler, de tout faire dans toute la ferme.

Ils racontaient des histoires, des choses, comme ça, comme pour … pour nous donner des leçons : « Ah ! Quand nous sommes arrivés au Brésil, nous n’avions rien à manger, alors mange, mange correctement, ne laisse rien, toi ! » toujours ce type de remarques. Jamais d’histoires à raconter, mais toujours des leçons […].

Fernando Sunao Vargas Guab́ra. I was born in São Bernardo, a city close to São Paulo. My Japanese father was born in the Niigata Prefecture, whereas by Brazilian mother was born within the state of São Paulo. My father’s family set sail from the Port of Yokohama during the epoch of great Japanese immigration, passing through Southeast Asia and India, bypassing the south of Africa and continuing towards the Americas. A sea journey that lasted some three months, or maybe even six. My father was twelve years old at the time – he is quick to remember. He came with his family. Mother, father and two brothers – him being the eldest. The year was 1958. This part of my Japanese family’s story has always been rather hazy. My father has never spoken about it at length, and we imagined that it must have been quite distressing for him. What we do know is that it was very trying for them all at the outset. They were immigrants with no money and were forced to work for everything they had, doing whatever they could within the farm.

They would tell stories, little things, this and that… to teach us:

“Ah! When we first arrived in Brazil, we had nothing to eat. So eat now, properly, that you are able to. And don’t waste anything!”

This kind of remark was common. Stories were impossible to come by. But lessons were ten a penny […].

Je m’appelle Tomiko Utsumi. Née à Lins, dans l’Etat de São Paulo, au Brésil. Ma mère est de Rocaido, à Engaro, et mon père de Miagui, à Sendai.

Mon grand-père paternel, est venu pour fuir la guerre, il était d’une famille de samouraïs, après quand il est parti, il a changé, il est devenu militaire, sa famille. Mais il n’aimait pas la guerre, alors il est venu pour fuir la guerre, il voulait aller dans un pays où il n’y avait pas de guerre.

Et du côté de ma mère, mon grand-père aussi était militaire, mais il est mort lorsque ma mère avait neuf ans. Alors ma grand-mère est venue toute seule en même temps qu’une famille d’amis qu’elle considérait comme sa famille, elle était veuve, et elle est venue ici avec ses cinq enfants. Je crois que c’était en 1930, en 1930 pour mon père, et en 1931 pour ma mère.

Ils parlaient beaucoup de la difficulté de communication dont ils ont souffert, beaucoup. C’est à cause de ça, je crois, qu’ils sont beaucoup resté au sein de leur communauté. Il y avait toujours une communauté japonaise partout où ils allaient.   

Quand ils prirent le train pour aller vers le nord-est – car Lins se trouve au nord-est de São Paulo – dans cette région chaque famille reçut deux kilos de saucisses mais les japonais ne mangent pas de saucisses, alors ils jetèrent tout sur le chemin de fer en disant : « nous voulons manger, nous voulons arroz – du riz, du riz blanc » . Voilà des anecdotes comme ça.

Je suis née juste après la guerre, alors nous avons beaucoup souffert, parce que nous étions dans la province de São Paulo, et on ne voulait pas que nous parlions japonais, mais je ne savais pas parler portugais jusqu’à l’âge de huit ans.

Je devais donc aussi redoubler d’effort pour parler portugais, ce qui est très difficile, car en japonais il n’y a pas de «l», de «r», par exemple ma mère n’a jamais réussi à prononcer « laranja » (orange – ndlr) elle disait « naranja », elle disait « fuedjão » au lieu de « feijão » (haricot – ndlr), vous voyez, il n’y a pas de «f», ou de «v».

J’ai souffert de cette discrimination […].

My name is Tomiko Utsumi. Born in Lins, in the State of São Paulo, in Brazil. My mother is from Rocaido, in Engaro, and my father is from Miagui, in Sendai.

My paternal grandfather fled from the war and came here. He was from a family of Samurai and of military officers, but modified his cultural customs after leaving. My grandfather disliked war, and so he fled to a country without it.

My grandfather from my mother´s side was also a military man, but he passed away when my mother was nine years old. So my grandmother came here almost alone, but not quite, as she was at the time accompanied by a family of friends that she considered close enough to be her own. She was a widow with five children. I believe that this was around 1930 – ´30 for my father’s side and ´31 for my mother’s side.

They spoke considerably about the communication difficulties that they had been previously subjected to. I believe that their deep integration within their community is a direct consequence of their shared past. There was always a Japanese community wherever they went.

When they had caught the train heading northeast – Lins being located northeast of São Paulo – every family within the region received two kilos of sausages. However, the Japanese do not eat sausages, so they threw everything onto the railway track, stating: “We want to eat, but we want to eat arroz – rice. White rice.” Another anecdote for another day […].

Je m’appelle Eiji Hayakawa. Je suis né dans une ville qui s’appelle João Pessoa, la capitale de l’Etat de la Paraíba, dans la région du Nordeste du Brésil.

Mon père tout comme ma mère sont nés au Japon, ils ont grandi au Japon. Mon père, après avoir obtenu ses diplômes à l’université, voulait quitter le Japon, il voulait travailler quelque part à l’étranger et c’est par hasard qu’il a trouvé un emploi dans une entreprise japonaise de produits alimentaires qui avait une filiale au Brésil. Alors, il a intégré l’entreprise et a tout de suite été transféré vers le Brésil. Et huit ans après, lorsqu’il est retourné au Japon en vacances, il a rencontré ma mère et ils ont fini par se marier. Ma mère, elle aussi, est venue au Brésil. Et ça, ça remonte à 1969.

Il n’y a que mes parents, mon père et ma mère qui sont venus au Brésil, mais en fait toute ma famille, mes grands-parents, mes oncles, mes cousins, est au Japon. Alors, bien que je sois né ici et que j’aie grandi ici, tous les deux ans, pendant les grandes vacances scolaires brésiliennes, nous retournions au Japon, nous passions trois mois là-bas. Et puis de l’âge de trois, quatre ans jusqu’à mes six, sept ans, pendant trois ans, je suis retourné au Japon pour vivre là-bas. A l’époque, mon frère et moi, nous sommes restés chez mes grands-parents. Mes parents sont rentrés au Brésil et ils nous ont laisssé là-bas. C’est donc ma grand-mère qui nous a presque élevés pendant trois ans.  Ce qui a été d’une grande importance parce qu’en fait, cela nous a permis d’avoir une base en japonais.

Et puis ensuite, lorsque nous sommes rentrés du Japon au Brésil, nous sommes entrés dans une école traditionnelle ici au Brésil. Mais pour continuer de pratiquer le japonais, nous allions dans ce que l’on appelle une école de langue japonaise, c’est une sorte d’école où vous allez deux ou trois fois par semaine. Après la classe, vous étudiez une heure, une heure et demi par jour […].

My name is Eiji Hayakawa. I was born in a city called João Pessoa – the capital of the state of Paraíba, situated within the region of north-eastern Brazil.

Both my father and my mother were born and subsequently grew up in Japan. My father wanted to leave the country after having completed his university education, in order to work elsewhere. Partly by chance, he was able to find a job within a Japanese multinational food company which had a branch in Brazil.  So he joined the company, and was immediately transferred to the Brazilian office. Eight years later, upon returning to Japan during his holidays, he met my mother and married her shortly afterwards. My mother also came to Brazil. And that was back in 1969.

It’s not by mere chance that my mother and father came to Brazil, but in fact all of my family – my grandparents, uncles, and cousins – are all here in Japan. Indeed, despite being born and raised here, we’d return to Japan once every couple of years during the long Brazilian summer holidays. We’d spend three months there each time […].