Liberdade

Liberdade, (liberté en portugais) est le nom du quartier japonais de São Paulo au Brésil. 22 millions de personnes vivent à São Paulo, dont 1,4 million de Brésiliens d’origine japonaise. La mégalopole accueille la communauté japonaise la plus importante au monde, en dehors du Japon. En commençant mes recherches, j’imaginais les deux cultures brésilienne et japonaise comme très opposées. La réalisation de mon travail vidéo au Brésil en 2011 a montré qu’en fonction de l’histoire de chacun, l’influence des cultures est plus ou moins présente. J’ai porté mon intérêt sur « l’étrangeté » de cette double culture : entre la culture d’origine et la culture d’adoption.

Que pouvait-il rester de la culture japonaise à travers les générations ? Je suis allée à la rencontre de personnes de différentes générations -les isseis, premiers arrivés, nés au Japon, les nisseis, leurs enfants, les sanseis, leurs petits-enfants, les yonseis, arrière petits-enfants- de Brésiliens d’origine japonaise. Je cherchais à savoir si la transmission de la culture japonaise s’était faite et si elle était encore présente chez les descendants directs des immigrés.

Liberdade, (“freedom” in Portuguese) is the name of São Paulo’s Japanese district. 22 million people live in the metropolitan area of São Paulo, including 1.4 million Brazilians of Japanese origin. The megalopolis is home to the largest Japanese community outside Japan in the world. When I began my research, I had imagined the Brazilian and Japanese cultures here to be conflicting. The realisation of my video recordings in Brazil in 2011 revealed that, according to stories from each individual that I interviewed, the influence of both cultures is often more or less present in some way or other. I took an active interest in the “newness” of this dual culture: between the cultures of origin and adoption.
Would future generations carry the torch for Japanese culture? I went to gatherings of different generations – the isseis (the first set to arrive, having been born in Japan), the nisseis (their children – the second generation), the sanseis (grandchildren of the isseis), the yonseis (great-grandchildren) of Brazilians of Japanese origin. I wished to know if the Japanese culture had been truly passed down through the generations, and whether or not it was still present within the direct descendants of the first wave of immigrants.

Bruna Suzuki. Née à São Paulo, au Brésil. Ma grand-mère et mon grand-père sont nés vers 1920. Quand ils avaient déjà 20 ans, on savait déjà que la Seconde Guerre mondiale allait éclater, le Brésil était le seul pays au monde à recevoir des immigrés, alors mes grand-parents sont partis pour fuir la guerre et quand ils sont arrivés au Brésil, ils ont travaillé pour des italiens dans les plantations de café et avec l’argent économisé, mon grand-père a réussi à acheter un petit terrain, ici à São Paulo. Mes grand-parents ont introduit la technique de la teinturerie, l’art de teindre les vêtements, changer le vert en noir, et ma grand-mère, encore aujourd’hui, a cette teinturerie qu’elle a hérité de son père et de sa mère. Cela c’est du côté de mon père.

Du côté de ma mère, mes grands-parents étaient peintres, ils se sont connus d’après photo pendant le voyage en bateau vers le Brésil. Comme c’était une famille d’artistes, ils étaient partis voyager, faire le tour du monde, pour aller à la découverte, pour peindre. Mon grand-père a même introduit la technique sumi-e (dessin monochrome japonais à l’encre aussi appelé le suibaku-ga – ndlr) et en 1959, 1960, il a commencé à donner des cours dans toutes les grandes universités de São Paulo.

Je n’ai qu’une grand-mère en vie aujourd’hui, ma grand-mère paternelle. Elle me racontait qu’elle mangeait dans un pot de chambre parce qu’elle ne savait pas ce que c’était, quand elle est arrivée au Brésil, elle ne savait pas parler. Alors je crois qu’au début, ça a été très douloureux, c’est pour ça qu’ils préfèrent ne pas en parler parce que les japonais, ils ont une certaine dignité quand il s’agit de leur pays, alors beaucoup d’entre eux considèrent qu’avoir laissé son pays c’est comme une trahison.

Ma mère depuis toute petite, ne parlait pas bien portugais. Et mon père non plus, ils ont donc baigné dans la culture japonaise avec mes grands-parents, moi seulement un peu mais ils ont encore des choses qui, ne sont pas très claires, que l’on ne peut pas vraiment comprendre, mon père par exemple est typiquement macho et ma mère est une femme soumise.

Mes parents sont très réservés, ça vient de la culture orientale. Parfois, les occidentaux ne comprennent pas pourquoi je suis si tranquille. Les japonais, ils sont très travailleurs, réservés, les brésiliens, non. Les brésiliens sont très enthousiastes, très chaleureux. Si tu es calme, les japonais pensent que tu es pensif. Si tu es calme, ici au Brésil, c’est que tu as un problème.

J’ai été élevée comme une japonaise. Les habitudes qui viennent de ma famille ou personnelles sont un peu japonaises, avec mes amis, mes habitudes sont totalement brésiliennes. Je n’ai donc que le visage oriental mais j’ai le sang brésilien.

Grâce à tout ce que j’ai réussi à faire jusqu’à aujourd’hui, grâce à tout ce que j’ai hérité de mes parents et qu’ils ont réalisé ici au Brésil, même ma grand-mère qui est japonaise, dit qu’aujourd’hui elle n’échangerait pour rien au monde le Brésil contre le Japon, parce que tout ce qu’elle a, vient de cette terre, je suis d’accord avec elle. Je me sens peut-être un peu différente le fait d’avoir deux cultures, le fait de pouvoir être un peu orientale d’une certaine manière, avec ce trait de caractère réservé et un peu brésilienne dans le sang avec cette capacité d’aller vers l’autre, de se serrer fort, cette caractéristique d’ici qui n’existe pas au Japon.

Quand je sors avec mes amis, je suis japonaise. Mon ancien petit ami aime les japonaises pour leur peau, pour leur visage, pour la nourriture, pour leur côté un peu plus sensible, peut-être parce qu’elles ne sont pas aussi grotesques que les femmes occidentales, je ne sais pas.

Il y a des trucs liés aux habitudes, par exemple dans la façon de manger, à la maison, on ne mange qu’avec les hashi, les baguettes.

Quand je suis avec un petit ami par exemple, je ne suis quand même pas soumise, mais je suis plus calme. Les brésiliennes, ici au Brésil, elles répondent et lancent tout de suite à la figure « T’as fait ça, t’es un vrai monstre, t’as fait je sais pas quoi … tatati, tatata. » Moi, je suis plus tranquille.
Mais, moi en fait, je me sens complètement brésilienne. J’ai du sang brésilien. La seule chose orientale que j’ai c’est mon visage. Mais je suis complètement brésilienne, enfin, vraiment mélangée.

Mon frère par exemple, il respecte les coutumes, il a une petite amie japonaise, il est allé la demander en mariage à son père… Pas moi. Je préfèrerais, si je devais me marier, que ce soit avec un occidental, je ne veux pas d’un oriental parce qu’ils sont macho.

Je suis allée à Kyoto pour visiter la ville où sont nés mes grands-parents paternels et je suis allée à Tokyo parce que je travaille pour Pioneer dans les équipements de DJ, nous sommes donc allés voir le siège social principal.

J’ai été fascinée par Tokyo parce que comme ici à São Paulo, c’est une grande ville, elle a tout un mouvement, vous pouvez aller partout. Ici à São Paulo, c’est le seul endroit où je me sens bien. Si je vais à Rio de Janeiro, si je vais dans le sud du Brésil, les personnes vont me regarder différemment mais elles sauront que je suis de São Paulo. Mais si je vais en Argentine, je ne suis plus brésilienne, je suis une japonaise du Brésil et si je vais au Japon, je suis une japonaise du Brésil. Les gens me regardent donc et disent que je suis étrange parce que j’ai le visage d’une orientale et que je ne parle pas japonais.

J’ai très très envie de retourner au Japon, y habiter un peu, y vivre, pour apprendre la langue japonaise parce que je trouve ça désastreux de ne pas parler japonais et d’avoir une tête de japonaise.

Bruna Suzuki. Born in São Paulo, Brazil. My grandparents were born around 1920. When they were 20 years old and were aware that World War II was breaking out, Brazil was then the only country in the world welcoming immigrants. My grand-parents fled Japan, searching safety from the war and when they arrived in Brazil, they worked for a group of Italians in the coffee plantations. With the money that they were able to save, my grandfather managed to buy a modest plot of land here in São Paulo. My grandparents introduced the techniques of dry-cleaning and the art of dyeing fabric here, transforming their colour from green to black, and even today, my mother still owns the same dry-cleaners that she inherited from her mother and father. That’s the story from my father’s side of the family.

My grandparents on my mother’s side were painters. After initially viewing photos of one another, they met on the boat journey to Brazil. As they were a family of artists, they left to travel the world, to set out to discover, to paint. My grandfather himself introduced the sumi-e [ink wash] technique (Japanese monochrome ink drawing also known as the suibaku-ga, ed.) and around 1959-60, he began to teach courses on these topics across all the major universities of São Paulo.

Je m’appelle Eiji Hayakawa. Je suis né dans une ville qui s’appelle João Pessoa, la capitale de l’Etat de la Paraíba, dans la région du Nordeste du Brésil.

Mon père tout comme ma mère sont nés au Japon, ils ont grandi au Japon. Mon père, après avoir obtenu ses diplômes à l’université, voulait quitter le Japon, il voulait travailler quelque part à l’étranger et c’est par hasard qu’il a trouvé un emploi dans une entreprise japonaise de produits alimentaires qui avait une filiale au Brésil. Alors, il a intégré l’entreprise et a tout de suite été transféré vers le Brésil. Et huit ans après, lorsqu’il est retourné au Japon en vacances, il a rencontré ma mère et ils ont fini par se marier. Ma mère, elle aussi, est venue au Brésil. Et ça, ça remonte à 1969.

Il n’y a que mes parents, mon père et ma mère qui sont venus au Brésil, mais en fait toute ma famille, mes grands-parents, mes oncles, mes cousins, est au Japon. Alors, bien que je sois né ici et que j’aie grandi ici, tous les deux ans, pendant les grandes vacances scolaires brésiliennes, nous retournions au Japon, nous passions trois mois là-bas. Et puis de l’âge de trois, quatre ans jusqu’à mes six, sept ans, pendant trois ans, je suis retourné au Japon pour vivre là-bas. A l’époque, mon frère et moi, nous sommes restés chez mes grands-parents. Mes parents sont rentrés au Brésil et ils nous ont laisssé là-bas. C’est donc ma grand-mère qui nous a presque élevés pendant trois ans. De la maternelle jusqu’à la deuxième moitié du CE2, j’étais scolarisé au Japon. Ce qui a été d’une grande importance parce qu’en fait, cela nous a permis d’avoir une base en japonais.

Et puis ensuite, lorsque nous sommes rentrés du Japon au Brésil, nous sommes entrés dans une école traditionnelle ici au Brésil. Mais pour continuer de pratiquer le japonais, nous allions dans ce que l’on appelle une école de langue japonaise, c’est une sorte d’école où vous allez deux ou trois fois par semaine. Après la classe, vous étudiez une heure, une heure et demi par jour. Donc je crois que jusqu’au début du lycée, j’ai toujours étudié le japonais. Mais, finalement le mieux, la façon la plus facile, je crois la plus intense pour que j’apprenne le japonais, c’était en lisant les mangas, les dessins animés japonais, les revues de bandes dessinées. Et ça, ça nous donnait envie d’apprendre le japonais tout naturellement et de ne pas perdre le contact avec la langue japonaise.

Je trouve que la culture japonaise est une culture unique dans le sens où il y a des caractéristiques culturelles très fortes qui finissent même, en fait, par changer notre personnalité. La manière de se comporter à la japonaise est donc très particulière. Même si l’on a grandi au Brésil, je crois que l’éducation, les principes de base que l’on reçoit dans la vie, viennent de la famille. Et comme mes parents sont japonais et mes grands-parents aussi, toute ma famille est japonaise, je trouve que cette influence a été très forte.

C’est donc pour cela que je me comporte comme un japonais. Par exemple, à la maison on se déchausse avant d’entrer.

Je crois que c’est une façon d’être en général. Je compare toujours la culture japonaise et la culture brésilienne, elles sont totalement opposées. Je ne cherche pas à savoir quelle culture est mieux que l’autre, non, je dis seulement qu’elles sont différentes. Dans la culture japonaise, on se préoccupe trop de l’autre, même au risque de sacrifier son « moi ». C’est important dans la société japonaise d’être en harmonie avec les autres, en harmonie avec le groupe. Et même si pour cela vous devez vous sacrifier. L’idée du collectivisme est donc très forte dans la culture et la société japonaise. Et dans la culture brésilienne, c’est complètement l’inverse, la façon d’être du brésilien est très tournée vers le «moi». Au Brésil on donne très peu d’importance au collectif, à ce qui appartient aux autres.

De 2005 à 2009 j’ai vécu au Japon. J’ai quitté le Brésil il y a onze ans, pour aller étudier à New-York, et puis j’ai fini par rester là-bas, pendant sept ans, c’est après que j’ai passé quatre ans au Japon. J’ai fini par découvrir qu’au Japon je n’arrive pas à être aussi japonais que les japonais. Mais au Brésil, je n’arrive pas non plus à être aussi brésilien que les brésiliens. Je suis donc un brésilien au Japon et au Brésil, je suis un japonais. Et c’était intéressant, ces sept années à New-York, dans un pays neutre, une ville neutre, qui n’est ni le Brésil, ni le Japon, c’était intéressant pour faire la découverte de ce que je suis. Et avant d’aller à New-York, je passais mon temps à me dire « Je dois décider de ce que je suis. » Ou bien je suis japonais ou bien je suis brésilien. Mais à New-York, vous cotoyez tellement de cultures différentes, tellement de personnes des quatre coins du monde. Vous finissez par découvrir que vous êtes ce que vous êtes. Vous n’avez pas besoin d’une définition claire, je suis japonais, je suis brésilien. Je suis les deux, en fait. Je crois que le monde d’aujourd’hui permet l’existence de ces personnes hybrides, non ? Avec deux cultures, parfois trois cultures même, avec la possiblilité de vivre ensemble harmonieusement, en acceptant ces contrastes.

My name is Eiji Hayakawa. I was born in a city called João Pessoa – the capital of the state of Paraíba, situated within the region of north-eastern Brazil.

Both my father and my mother were born and subsequently grew up in Japan. My father wanted to leave the country after having completed his university education, in order to work elsewhere. Partly by chance, he was able to find a job within a Japanese multinational food company which had a branch in Brazil.  So he joined the company, and was immediately transferred to the Brazilian office. Eight years later, upon returning to Japan during his holidays, he met my mother and married her shortly afterwards. My mother also came to Brazil. And that was back in 1969.

It’s not by mere chance that my mother and father came to Brazil, but in fact all of my family – my grandparents, uncles, and cousins – are all here in Japan. Indeed, despite being born and raised here, we’d return to Japan once every couple of years during the long Brazilian summer holidays. We’d spend three months there each time. (…)

Je m’appelle Carolina Cunha Nikaedo. Je suis née ici, à São Paulo. Mon père est de parents japonais, mon grand-père et ma grand-mère étaient donc japonais, mais mon père est né ici, au Brésil, je suis donc d’origine japonaise du côté de mon père et d’origine portugaise du côté de ma mère.

C’était exactement à l’époque de la Seconde Guerre mondiale que mes grands-parents sont venus, encore tout jeunes, ils fuyaient la guerre. Plusieurs bateaux sont venus du Japon, à l’époque, je crois qu’ils ne sont pas venus dans le même bateau mais ils ont fini par s’installer dans la même ville, dans l’Etat de São Paulo, avec une grande colonie japonaise, si je ne me trompe pas, dans une ville qui s’appelle Jaborandi.  Le Brésil représentait encore une opportunité pour continuer à vivre et ne pas mourir. Ils ne parlaient pas la langue, ils ont fini par s’enfermer dans leur propre communauté, je pense que c’est donc à ce moment-là qu’ils se sont rencontrés, que mon grand-père a connu ma grand-mère. Ils se sont mariés et ils ont eu huit enfants.

Mon nom de famille c’est Nikaedo, mais lorsque mes grands-parents sont arrivés au Brésil, au moment de faire les papiers, on l’a mal orthographié parce que c’était un nom bizarre. Mon nom s’écrit à l’origine Nikaido, avec un i, mais dans la famille il y a des Nikaido, Nikaedo, il y en a plusieurs … On est tous de la même famille mais avec différentes orthographes. Alors, quand mon oncle est allé au Japon, pour essayer de trouver quelqu’un de la famille, bon je ne sais pas, c’est peut-être à cause de ce problème de nom, mais il n’a pu trouver personne.

A l’époque, on allait beaucoup chez ma grand-mère, qu’on appelait Obaasan, qui veut dire grand-mère en japonais. On voyait pas mal mes cousins, mais comme mes parents se sont séparés, moi et mon frère, car j’ai un grand frère, on a fini par perdre de vue toute la famille et en oublier toute notre culture. Je me souviens que j’adorais aller chez ma grand-mère, elle avait cette autel que tous les japonais ont, elle était bouddhiste, elle avait donc plein de choses que j’aimais, auxquelles je m’identifiais, mais je ne suis jamais vraiment allée au fond de ces choses. Avec mon père, je n’en parle presque jamais, enfin, de cette question d’être japonais.

Ma mère est enseignante, et j’ai donc toujours été scolarisée dans les écoles où ma mère donnait cours. C’étaient des écoles qui n’avaient aucuns liens avec la culture japonaise.

Je crois que je suis davantage brésilienne, dans ma façon d’embrasser, de serrer, tout ça, vous savez, tout ce qui est vraiment bien brésilien. Dans ma façon d’aimer être entourée, d’aimer converser, d’être émotive, car je pense que le brésilien est assez émotif, d’ailleurs, pour tout : quand il rit, quand il pleure, il est très latin, il a des sentiments très forts. Je crois que je suis, voyons voir… 80 % brésilienne, vraiment brésilienne, même la couleur de peau, presque personne ne pense que je suis métisse, et peut-être 20 % japonaise.

Je suis mariée et j’ai envie d’avoir des enfants, et en fait, je crois que dès lors que vous pensez avoir des enfants, vous avez besoin de faire resurgir ou revenir quelques éléments de votre vie qui sont les vôtres. J’ai donc envie de voir, qui est allé, qui est venu, j’ai envie de m’approprier, je crois, un peu de la culture japonaise.

Chaque nouvel an, je mets là mes bonnes résolutions, que je souhaite me rapprocher de ma famille japonaise, que je souhaite comprendre un peu plus la culture japonaise, mais je crois que ça fait plus de, je ne sais pas, plus de dix ans que je mets ces bonnes résolutions-là et je ne les ai jamais réalisées. Mais j’aimerais énormément en savoir davantage, peut-être qu’un jour j’y arriverai.

My name is Carolina Cunha Nikaedo. I was born here, in São Paulo. My father is of Japanese heritage – my grandfather and grandmother are Japanese immigrants – but my father was born here in Brazil.  I am therefore of Japanese origin on my father’s side and Portuguese origin on my mother’s side.

It was during the Second World War precisely, that my grandparents came – still very young – as they were fleeing the war. Several boats came from Japan during that period. I believe that they didn’t quite arrive in the same boat, but that they, along with a large Japanese colony, both ended up starting new lives in the same city within the state of São Paulo. In a city named Jaborandi, if I am not mistaken. Brazil still represented an opportunity to continue one’s life without the fear of death. They didn’t speak the language, but confined themselves to life within their own community. I think that it was therefore around then that my grandfather first got to know my grandmother. They married and had eight children. (…)

Francine Sakata. Née à São Paulo. Ma mère est portugaise et mon père est d’origine japonaise, ses parents étaient japonais, ils sont venus au Brésil, il est né ici, dans la région de Presidente Prudente, dans la ville de Rancharia.

Ma grand-mère est venue très jeune, mon grand-père lui, était plus âgé quand il est venu, dans le dernier bateau qui allait au Brésil. Ils sont venus pour travailler dans le café, puis le coton, après ils sont allés à São Paulo quand leurs enfants ont commencé à étudier, à entrer à l’université.

Jusqu’à l’âge de cinq, six ans, mon père ne parlait que le japonais mais ensuite il a commencé à parler portugais et sa famille n’a plus attaché d’importance à la langue japonaise parce qu’à l’époque ce n’était pas quelque chose que l’on valorisait, c’était même quelque chose que l’on voulait un peu cacher, cette origine immigrée. Mon père n’a donc jamais parlé japonais avec nous. Mais chez ma grand- mère - j’allais beaucoup chez ma grand-mère japonaise - mon grand-père était déjà décédé ; ma grand-mère mélangeait le japonais et le portugais, c’est-à-dire qu’en même temps que ça nous rapprochait un peu du Japon, ça nous éloignait de nos grands-mères. Nous avions besoin de nos parents pour faire le relais dans cette relation avec nos grands-parents.

On mangeait beaucoup de plats japonais chez eux, et il y avait des petites habitudes, les couvertures, la manière de ranger les choses, les odeurs, il y avait un petit autel, donc beaucoup de choses japonaises mais en revanche chez moi il n’y avait presque rien.

Avec la famille de mes grands-parents, nous n’avons plus de contact. Justement aujourd’hui, mon père nous racontait que quand mon grand-père est venu au Brésil, des membres de la famille de mon grand-père, sont restés à Hawaï, d’autres sont venus au Brésil, certains sont allés en Argentine. On retrouve donc notre nom de famille dans tous ces pays. Mais au Japon, nous n’avons plus de contact avec personne. On a des nouvelles des dekasseguis (travailleurs immigrés – ndlr), les brésiliens qui sont retournés là-bas.

Je me sens complètement brésilienne, mais je sais que quand on me voit, on me considère comme japonaise, c’est pour ça que je mets en valeur certaines caractéristiques de la culture japonaise, je les fais renaître parce que je sais que c’est ce que l’on attend de moi. Une certaine discrétion, une certaine timidité, un peu de patience et ce sens de l’organisation. C’est donc très drôle, parfois des personnes voient un texte en japonais et me demande « c’est écrit quoi ? » bien qu’ils sachent que je suis de la troisième génération, que je ne parle pas japonais à la maison, ils veulent que je sache lire le japonais. C’est donc que quand on nous regarde, on voit en nous des japonais. Pas tant que ça à São Paulo, mais quand on quitte São Paulo, on devient des représentants du Japon.

Il existe une valeur, je note que les orientaux ont en eux une valeur, celle d’étudier, de concevoir la vie à partir des études. Je crois que je poursuis ça, je vais passer ça à mes enfants grâce au travail. Un peu de cette discipline, c’est une valeur qui est importante chez moi, et dont ils vont hériter.

J’ai un reproche à faire aux japonais et tout particulièrement aux hommes qui sont très renfermés, qui ont beaucoup de mal à communiquer, en fait qui n’extériorisent pas leurs sentiments. Je fais même un peu le contraire.

Francine Sakata. Born in São Paulo. My mother is Portuguese and my father is of Japanese heritage – his parents were Japanese immigrants who settled in Brazil, he was born here in the Rancharia municipality of the Presidente Prudente region.

My grandmother came here at a very young age, my grandfather himself was older when he arrived in the last boat that set sail to Brazil. They initially came to work in the coffee, and later cotton, plantations before making their way to São Paulo when the time came for their children to enter university.

My father spoke nothing but Japanese until the age of five or six, but then began to speak Portuguese as his family stopped attaching so much importance to the Japanese language. During that era, it was Japanese was not something that was assigned great value, but was instead viewed as something that required concealment – as part of their immigrant origins.

My father has therefore never spoken Japanese with us. However, at my grandmother’s house – and I used to visit my Japanese grandmother quite a lot (my grandfather had already passed away) – she used to switch between Japanese and Portuguese. This brought us a little bit closer to Japan whilst simultaneously segregating us from our grandmothers. We always needed our parents to act as intermediaries in our relationship with our grandparents. (…)

Ricardo Matsumoto. Né à São Paulo, dans la capitale de l’État, au Brésil. Mon père est brésilien, il est né dans la ville de Marília, une ville qui se trouve à l’intérieur des terres de São Paulo. Il est fils d’un japonais, qui est venu du Japon en bateau, un immigrant, au début du XIXème siècle lors des premières émigrations. Mon grand-père s’appelait Matsutoku Matsumoto. Il fait vraiment partie de ces pionniers. Il est venu pour travailler, en réponse à cette proposition faite par le gouvernement brésilien au Japon, il est venu avec cet état d’esprit d’immigrant, pour refaire sa vie ici. Si bien que c’est ce qu’il a fait et il n’est jamais rentré.

Il s’est installé à Marília, en province, pour travailler dans les champs. Il a fondé sa famille ici, il a trouvé du travail, après il a ouvert un commerce là-bas à Marília. C’est là-bas qu’il a connu ma grand-mère qui est brésilienne, née au Brésil, descendante d’allemands et de portugais.Elle s’appelait Dona Belmira avant de devenir Belmira Matsumoto. Après, ils ont d’ailleurs divorcé, on va dire en 1960, ce n’était déjà pas quelque chose de fréquent pour les gens, on va dire « normaux », pour les brésiliens. Mais pour les japonais alors, encore moins, c’est quelque chose hors du commun.

Ma mère aussi est née au Brésil, sa mère est allemande d’origine juive, elle est venue au Brésil en 1938, en passant par la France, avec ses sœurs et sa mère. Elles sont venues en bateau, elles fuyaient, juste avant que la guerre n’éclate. Mon grand-père maternel, était juif polonais, lui aussi a fui la guerre. Ils se sont finalement connus ici au Brésil, tous les deux étant juifs, l’un allemand, l’autre polonais. Alors pour résumer la situation, je suis japonais, portugais, allemand, polonais et juif, bien brésilien.

La culture japonaise est celle qui m’attire le plus d’une certaine manière, avec laquelle j’ai le plus d’affinité, à laquelle je m’intéresse le plus : le mode de vie, j’adore la nourriture japonaise, l’art japonais – qui me plaît énormément – le cinéma japonais, les BD japonaises.

Je n’ai pas vraiment d’habitudes japonaises mais j’ai beaucoup appris sur le Japon au judo, tout particulièrement en ce qui concerne la technique et la discipline mais j’étais petit puis adolescent. Je crois que l’idée de mon père et de ma mère, c’était un peu pour être en contact (avec la culture japonaise – ndlr), pour le sport et pour ce qu’il y a derrière le judo… pour la philosophie.

Que me reste-il aujourd’hui ? Je pourrais dire peut-être que c’est un peu de frustration de ne pas être un peu plus passionné, intéressé, pour découvrir tout ce que je peux encore approfondir et tout ce dont je peux profiter. Malheureusement pour ma mère, et curieusement même, pour mes grands-parents qui sont étrangers – qui ne sont pas nés au Brésil – non seulement le père et la mère de ma mère mais aussi le père et la mère de mon père, qui sont donc japonais, c’était autrement. Une grande partie de personnes de cette génération-là n’a pas eu envie ou ne s’est pas préoccupée de faire apprendre leur langue d’origine, leur langue de naissance, à leurs enfants. Ma mère ne parle pas l’allemand, pas l’hébreu et mon père ne parle pas le japonais. Il n’y avait donc aucune raison pour que j’apprenne le japonais, ils ont déjà eux-mêmes été séparés de leurs cultures d’origine, de leurs familles, à cause de mes grands- parents. Ils sont allés à contre-courant parce que la plupart des personnes de leur génération, maintenait ces liens étroits, mais là je ne sais pas dire pourquoi, ils n’ont pas transmis leur culture à leurs enfants.

Je suis brésilien. Je ne peux pas dire que j’ai des traits de caractère correspondant à mes cultures d’origine. Les japonais ici sont déjà brésiliens, ils sont toujours reconnus pour leurs compétences ou pour leur intelligence, se sont les premiers reçus au bac, dans les concours il y a toujours quelques élèves japonais parmi les premiers noms.

Matsumoto est d’ailleurs un nom assez courant, ce serait apparemment le sixième nom de famille le plus courant au Japon. Il y a beaucoup de Matsumoto ici au Brésil.

Je crois que si je devais choisir ou penser à un trait de caractère que je pourrais avoir, un trait de caractère japonais, ce serait peut-être cette forme d’intelligence, il y aurait peut-être là une relation avec mon sang japonais, peut-être pas. Un chose n’est pas forcément liée à une autre. J’ai toujours été le premier de la classe, j’ai toujours été différent. Et quand on me voyait, que l’on découvrait que c’était moi l’élève Matsumoto, il y avait toujours un choc, parce je n’étais pas japonais, je n’ai pas la tête d’un japonais. J’en ai déjà discuté avec mon fils, à l’école, personne ne l’appelle Felipe, on l’appelle Matsumoto, bien qu’il ne fasse pas du tout oriental.

J’ai le projet d’étudier davantage la culture, en particulier la langue, pour pouvoir aller là-bas et avoir un contact plus intense, car c’est quelque chose que l’on peut commencer à étudier ici, en prévision d’un voyage au Japon. Je vais bientôt inscrire mon fils au judo ou peut-être à un cours de karaté, je ne sais pas encore. Mais je vais lui en parler – il est encore petit, il a quatre ans – voir ce qui lui plaît le plus. Si je peux réveiller cet intérêt, un intérêt plus grand que l’on n’a pas réveillé chez moi lorsque j’étais enfant.

Ricardo Matsumoto. Born in the Brazilian city of São Paulo. My father is Brazilian, born in Marília – a city located inland in the state of São Paulo. He is the son of a Japanese immigrant who left by boat at the beginning of the nineteenth century, during the first wave of immigration. My grandfather was called Matsutoku Matsumoto. He was a genuine pioneer. He came for work, in response to a proposal made to Japan by the Brazilian government. With that innate immigrant spirit, in order to restart his life here. So much so that he ended up achieving his dream and never returned. My mother was also born in Brazil – my maternal grandmother is of German Jewish heritage, and fled via France to Brazil in 1938 with her mother and sisters. They arrived in a boat, right before the war broke out. My maternal grandfather was a Polish Jew who also fled due to the war. He eventually met my grandmother here in Brazil – both being of Jewish stock. One German, and the other Polish. In any case, and getting back to the matter at hand, I myself am Japanese, Portuguese, German, Polish and Jewish. Well, Brazilian. (…)

Je m’appelle Tomiko Utsumi. Née à Lins, dans l’Etat de São Paulo, au Brésil. Ma mère est de Rocaido, à Engaro, et mon père de Miagui, à Sendai.

Mon grand-père paternel, est venu pour fuir la guerre, il était d’une famille de samouraïs, après quand il est parti, il a changé, il est devenu militaire, sa famille. Mais il n’aimait pas la guerre, alors il est venu pour fuir la guerre, il voulait aller dans un pays où il n’y avait pas de guerre.

Et du côté de mon père aussi (de ma mère – ndlr) mon grand-père aussi était militaire, mais il est mort lorsque ma mère avait neuf ans. Alors ma grand-mère est venue toute seule en même temps qu’une famille d’amis qu’elle considérait comme sa famille, elle était veuve, et elle est venue ici avec ses cinq enfants. Je crois que c’était en 1930, en 1930 pour mon père, et en 1931 pour ma mère.

Ils parlaient beaucoup de la difficulté de communication dont ils ont souffert, beaucoup. C’est à cause de ça, je crois, qu’ils sont beaucoup resté au sein de leur communauté. Il y avait toujours une communauté japonaise partout où ils allaient.   

Quand ils prirent le train pour aller vers le nord-est – car Lins se trouve au nord- est de São Paulo – dans cette région chaque famille reçut deux kilos de saucisses mais les japonais ne mangent pas de saucisses, alors ils jetèrent tout sur le chemin de fer en disant : « nous voulons manger, nous voulons arroz – du riz, du riz blanc » . Voilà des anecdotes comme ça.

Je suis née juste après la guerre, alors nous avons beaucoup souffert, parce que nous étions dans la province de São Paulo, et on ne voulait pas que nous parlions japonais, mais je ne savais pas parler portugais jusqu’à l’âge de huit ans.

Je devais donc aussi redoubler d’effort pour parler portugais, ce qui est très difdicile, car en japonais il n’y a pas de «l», de «r», par exemple ma mère n’a jamais réussi à prononcer « laranja » (orange – ndlr) elle disait « naranja », elle disait « fuedjão » au lieu de « feijão » (haricot – ndlr), vous voyez, il n’y a pas de «f», ou de «v».

J’ai souffert de cette discrimination, je ressentais ça comme … je crois à un degré en dessous de ce que les noirs ont souffert dans le monde, vous savez, mais ça, parce que le Japon s’est développé, est devenu une puissance dinancière importante, alors on a gagné un petit peu en respect, mais juste après la guerre, quand j’étais petite dille, mon dieu ! On souffrait vraiment de discrimination. Je recevais des coups de pierre et des tapes.

J’ai plus ou moins transmis cela à mes dils, alors ils ont toujours des petites amies brésiliennes, je leur ai quasiment transmis une négation de ma race. « De ma race », car dans le temps on parlait de « race », c’est-à-dire de ma nationalité, de mes origines, vous savez.

Je parle, je lis et j’écris le japonais. c’est mon père et mon grand-père qui m’ont beaucoup appris. Mon grand-père qui avait déjà fait des études universitaires, c’était donc une personne très cultivée, et il m’a beaucoup appris. même des choses qu’il n’y a pas dans les livres, des coutumes, c’était un homme autoritaire, mais il était très patient.

Je suis imprégnée de culture japonaise. J’ai été élevée avec des japonais, au milieu de japonais, dans la culture japonaise, j’ai donc pris des habitudes qui, ici, n’ont pas beaucoup de signification mais là- bas, oui.

Je ne suis pas du genre à me disputer, je suis beaucoup à l’écoute, j’écoute beaucoup, beaucoup, beaucoup, et quand le moment est venu, alors je parle. C’est mon père qui disait « on ne peut pas discuter quand il y a deux têtes de mules, on en tire rien, alors il faut rester calme. » J’ai donc toujours fait comme ça. Alors quand je trouve que quelque chose est bien je me l’approprie. Par exemple, le japonais a des habitudes, comme ça, de ne jamais aller chez quelqu’un les mains vides. De ne jamais arriver à l’heure des repas, alors je continue de faire tout ça. Le respect des plus âgés … bien sûr que l’on fait un mélange avec notre culture brésilienne, mais … il y a beaucoup de choses qui sans le vouloir reviennent à la surface.

Je me sens brésilienne mais je ne suis pas considérée comme brésilienne. Ici, au Brésil, je suis japonaise ou orientale. Je vais là-bas au Japon, je ne suis pas considérée comme japonaise. Je suis considérée comme une « étrangère brésilienne » parce que je suis Nissei (les brésiliens d’origine japonaise – ndlr). C’est donc une sensation très étrange, parce que l’on a l’impression de ne pas avoir de pays.

Un allemand vient ici, ses enfants sont brésiliens, un italien, ses enfants sont brésiliens, un japonais, ses enfants sont toujours japonais à cause des caractéristiques physiques. Cela joue beaucoup sur l’émotionnel des personnes.

Je suis psychothérapeute et thérapeute somatique, cela signifie que l’on s’occupe du corps, en même temps que le psyche et le soma, comme nous l’appelons. Lorsque l’on est parti travailler avec des japonais. Quand je suis arrivée là-bas, ma présidente m’a dit comme ça : « Tomiko, ces gens-là n’entrent pas dans le rythme du travail, ils passent leur temps à rire ! ». Il s’agit d’une manière de se défendre pour le japonais, pour le peuple japonais, pour ne pas montrer ce qu’ils ne savaient pas dire, ils se mettaient à rire. J’ai donc trouvé ça intéressant parce que tout le monde pense que le peuple japonais est habitué au point sensible du corps. En fait, ils sont habitués au massage, mais pas à cette forme qui relie le corps avec le psyche.

My name is Tomiko Utsumi. Born in Lins, in the State of São Paulo, in Brazil. My mother is from Rocaido, in Engaro, and my father is from Miagui, in Sendai.

My paternal grandfather fled from the war and came here. He was from a family of Samurai and of military officers, but modified his cultural customs after leaving. My grandfather disliked war, and so he fled to a country without it.

My grandfather from my father’s (mother´s, ed.) side was also a military man, but he passed away when my mother was nine years old. So my grandmother came here almost alone, but not quite, as she was at the time accompanied by a family of friends that she considered close enough to be her own. She was a widow with five children. I believe that this was around 1930 – ´30 for my father’s side and ´31 for my mother’s side.

They spoke considerably about the communication difficulties that they had been previously subjected to. I believe that their deep integration within their community is a direct consequence of their shared past. There was always a Japanese community wherever they went.

When they had caught the train heading northeast – Lins being located northeast of São Paulo – every family within the region received two kilos of sausages. However, the Japanese do not eat sausages, so they threw everything onto the railway track, stating: “We want to eat, but we want to eat arroz – rice. White rice.” Another anecdote for another day. (…)

Fernando Sunao Vargas Guabára. Je suis né à São Bernardo, une ville proche de São Paulo. Mon père est japonais, il est né au Japon, dans la province de Nigata. Et ma mère, elle, est brésilienne, elle est née dans l’Etat de São Paulo. La famille de mon père, ils sont venus en bateau, le voyage a commencé du port de Yokohama, d’où partaient à l’époque les immigrés, et ils sont venus par le sud de l’Asie, ils sont passés par l’Inde, ils ont contourné le sud de l’Afrique et ils ont ensuite continué vers l’Amérique. Un voyage en bateau qui a duré trois mois ou six mois. Mon père avait douze ans, il s’en souvient donc bien. Il est venu avec sa famille. A l’époque, sa mère, son père et ses deux frères. C’était lui l’aîné des enfants. C’était en 1958. Cette partie de l’histoire de la famille japonaise, a toujours été un sujet un peu mystérieux. Mon père n’en parlait pas beaucoup, on pensait que c’était dû à un choc. Ce que nous savons c’est que les débuts on été très éprouvants. Ils étaient immigrés, ils n’avaient pas d’argent, ils ont été obligé de travailler, de tout faire dans toute la ferme.

Ils racontaient des histoires, des choses, comme ça, comme pour … pour nous donner des leçons : « Ah ! Quand nous sommes arrivés au Brésil, nous n’avions rien à manger, alors mange, mange correctement, ne laisse rien, toi ! » toujours ce type de remarques. Jamais d’histoires à raconter, mais toujours des leçons. Mon père est encore en vie, j’ai encore l’occasion de discuter avec lui, j’écoute toujours ses conseils.

Je me sens vraiment brésilien, mais comme mon père est japonais et ma grand-mère, la mère de mon père, a vécu avec nous jusqu’à mes vingt, vint- deux ans plus ou moins, j’entendais parler japonais tous les jours. Chez moi, on mangeait la moitié du temps japonais, la moitié du temps brésilien.

Il y avait aussi l’aspect culturel, comme les fêtes commémoratives, quelques fêtes typiques du Japon, on les fêtait quand on retrouvait les autres japonais de notre communauté. Je peux donc dire que le contact avec la culture japonaise, a été intense. Principalement quand j’étais enfant. J’ai étudié la langue japonaise pendant un certain temps.

A l’âge de vingt-sept ans, après avoir fini mes études universitaires, je suis allé habiter un an au Japon, pour étudier à la fac d’architecture de la région où mon père est né, Nigata. J’ai toujours exercé des activités en relation avec le travail du bois, de la confection de mobilier jusqu’à l’exécution de sculptures, des choses de ce style. J’ai toujours eu un vif attrait pour le bois. Et l’architecture traditionnelle japonaise est essentiellement faite de bois et même l’architecture contemporaine, si vous regardez les maisons de banlieue et c’est d’ailleurs cela qui m’a motivé pour aller au Japon étudier l’architecture. Il existe une symbiose avec la nature, je crois que c’est peut-être une caractéristique très présente dans mon éducation. Car ici au Brésil, il y en a très peu. Avant d’aller au Japon, je croyais être davantage brésilien. Maintenant, je peux dire que j’ai l’impression d’être moitié brésilien moitié japonais. Là-bas, j’ai senti que je faisais vraiment partie intégrante de leur culture. Lorsque j’ai noté ça, je me suis très bien adapté, dans la vie de tous les jours. J’ai beaucoup aimé le mode de vie là-bas, les personnes, la nourriture, oh la la ! Il y a une chose qui m’a beaucoup marqué lorsque j’ai vécu là-bas, quand vous arrivez chez vous, vous vous déchaussez, alors la maison là-bas est toujours propre par terre pour que vous puissiez tout faire assis à même le sol. Vous ouvrez votre futon et vous dormez par terre. J’ai donc vécu comme ça là-bas, et je m’y suis très bien adapté, je trouve que vous profitez beaucoup plus d’un espace quand il est petit. Actuellement je vis encore avec mes parents, Mais j’espère que quand je m’installerai chez moi, lorsque j’habiterai seul, j’espère mettre en pratique ce que je viens de décrire, que je trouve très riche dans la culture japonaise : l’ « habitat ». Vous n’avez pas de chambre, de cuisine, de salon, chaque pièce séparée, vous n’avez qu’un seul espace dont vous pouvez profiter sous toutes ses formes.

La culture brésilienne fait partie de mon quotidien, j’habite au Brésil, je vis au Brésil, j’ai mes activités ici et tout, c’est ma langue de naissance, ma langue maternelle, tout est ici. Mais en allant là-bas, je me suis aperçu qu’une bonne partie de ma culture, de l’enseignement que j’ai reçu de mon père et de mon grand- père sont là en moi, à l’état latent. Et donc là- bas tout est revenu. Je me sens donc aujourd’hui comme un être hybride.

Le peuple japonais est connu pour être très correct, toujours parfait. Je trouve que je suis beaucoup comme ça, même trop. Un peu de naïveté. L’engagement envers le collectif, pas le collectif en tant que société mais le collectif en tant que groupe, en tant que coopérative. Et les personnes qui me sont donc proches, ma famille, mes amis, je sens que j’ai tendance à m’engager auprès d’eux. Je suis assez… je ne sais pas si le mot « prisonnier » est juste, mais c’est un peu ce que je ressens.

Je crois qu’en ce qui concerne des objectifs que je pourrais me fixer dans la vie, je crois que ce serait essayer de passer le maximum d’informations à ma famille, ma femme et mes enfants : tout ce que j’ai appris de la culture japonaise et voir si ça les intéressent. Il ne s’agit pas de laisser s’éteindre cette culture à ma génération, il faut transmettre cet héritage à la prochaine génération. J’ai vraiment très envie de faire ça.

Fernando Sunao Vargas Guab́ra. I was born in São Bernardo, a city close to São Paulo. My Japanese father was born in the Niigata Prefecture, whereas by Brazilian mother was born within the state of São Paulo. My father’s family set sail from the Port of Yokohama during the epoch of great Japanese immigration, passing through Southeast Asia and India, bypassing the south of Africa and continuing towards the Americas. A sea journey that lasted some three months, or maybe even six. My father was twelve years old at the time – he is quick to remember. He came with his family. Mother, father and two brothers – him being the eldest. The year was 1958. This part of my Japanese family’s story has always been rather hazy. My father has never spoken about it at length, and we imagined that it must have been quite distressing for him. What we do know is that it was very trying for them all at the outset. They were immigrants with no money and were forced to work for everything they had, doing whatever they could within the farm.

They would tell stories, little things, this and that… to teach us:

“Ah! When we first arrived in Brazil, we had nothing to eat. So eat now, properly, that you are able to. And don’t waste anything!”

This kind of remark was common. Stories were impossible to come by. But lessons were ten a penny. (…)

Mayumi Kobayashi Okuyama. Je suis née à São Paulo. Ma relation avec le Japon vient de mes grands-parents, de ma grand-mère principalement avec qui je m’entends très bien. Je ne suis jamais allée au Japon mais dans la vie de tous les jours, avec la nourriture, quelques habitudes, je maintiens un lien avec le Japon.

La famille de mon père est venue avec cette vague d’immigrés qui sont venus pour travailler comme agriculteurs. Ils se sont installées dans le Paraná, nous avons une propriété là-bas, qui appartient à la famille. Quant à la famille de ma mère, elle est venue dans un contexte plus urbain, c’est mon arrière grand-père qui est venu pour exercer en tant que médecin pour les japonais immigrés au Brésil. Parce qu’ils étaient nombreux, ils ne savaient pas parler portugais. Et il commençait à y avoir un problème de santé à proprement parler, car ils tombaient malades et ne savaient pas comment s’exprimer. Il s’est installé à São Paulo mais de là, il devait régulièrement aller en province. Ca devait être en 1910, quelque chose comme ça.

Le père de ma mère, il est venu ici mais il est venu petit à petit. Il faisait partie d’une famille de protestants japonais et il était né aux Etat-Unis puis à l’âge de 5 ans, il est retourné au Japon pour y vivre. Ils étaient cinq frères et sœurs, deux d’entre eux étaient communistes, ils se sont suicidés en prison, et alors mon grand-père n’a plus voulu servir l’Etat, il ne voulait donc absolument pas aller à la guerre. Son père, je crois, travaillait chez Standard Oil, quelque chose comme ça et lui a trouvé une place, je crois à Singapour, après Singapour il est allé en Malaisie, finalement après la Malaisie il a traversé l’Orient petit à petit jusqu’au Brésil. Il racontait donc beaucoup d’histoires de chasses aux tigres, des choses intéressantes. Il passait son temps à raconter ses aventures d’avant le Brésil. Je crois aussi que j’ai beaucoup hérité culturellement de ces histoires, sur l’arrivée de la famille, comment elle s’est installée, la vie quotidienne, et puis l’adaptation.

Et ma grand- mère, la mère de ma mère, parlait très bien le portugais mais mon grand-père, le père de ma mère, ne parlait pas très bien. Alors quand ils avaient de longues conversations ou plus compliquées, ils parlaient en japonais. Quand j’étais avec eux, j’écoutais. Et ma grand-mère m’apprenait quelques petits mots.

Nous habitions dans un quartier en dehors de la ville de São Paulo, qui s’appelle Alphaville, en banlieue, et nous avions quelques voisins japonais, l’un d’entre eux habitait près de chez nous et ses enfants étaient un peu plus âgés que nous, et ils ont eu énormément de problèmes à l’école en portugais, car ils parlaient japonais à la maison. Ma mère a eu peur pour nous aussi, d’autant plus qu’elle n’avait pas l’intention d’aller au Japon, elle a donc eu peur que nous ayons des difficultés dans notre langue maternelle qui est le portugais et voilà pourquoi elle n’a pas voulu nous apprendre le japonais à la maison et qu’elle ne nous a pas non plus inscrits dans une école japonaise depuis tout petits.

J’aime les choses dont j’ai hérité de mes grands-parents, quelques manières d’être, il y a des choses dont quelques fois je ne m’aperçois même pas mais j’agis comme ça.

Ma grand-mère avait l’habitude de montrer son affection grâce à la cuisine. Je ne cuisine pas autant de plats japonais que je le souhaiterais, mais j’en fais. Ma mère aussi a hérité de cette façon de faire de ma grand-mère de montrer son affection par la cuisine, les attentions du genre : «Ah ! je t’ai préparé un plat spécial !» C’est beaucoup plus présent que d’arriver et de se serrer fort ou prendre sur les genoux, c’est beaucoup plus important de préparer un plat spécial. Parce que nous n’avons pas beaucoup l’habitude de se serrer fort, embrasser et je ne sais quoi d’autre, dans ma famille on n’a jamais fait ça. Mais en fait tous ces sentiments passent par la nourriture.

Je crois que j’ai ça en moi, d’être plus sérieuse, de ne pas avoir cette chaleur humaine qu’il y a ici au Brésil, les embrassades, les baisers et tout ça, et j’ai toujours eu l’impression -je ne sais pas si c’est quelque chose propre à ma famille- mais j’ai toujours eu l’impression que c’était typiquement japonais, une chose plus sérieuse, moins de contacts physiques, plus rigoureuse.

Je vois chez les autres une chose en plus que moi je n’ai pas parce que finalement je suis brésilienne mais en même temps je vois chez les brésiliens des choses que je n’ai pas et que je ne vais jamais avoir, cette chaleur et toute cette façon de faire.

Nous avons l’intention, d’aller au Japon l’année prochaine, avec ma mère, mes frères et sœurs, toute ma famille donc, faire un voyage au Japon, y passer un mois. Je vais connaître le Japon, ce que je souhaite vraiment mais comme je parle mal, enfin je parle mal, je ne parle pas du tout et je comprends mal, ce serait formidable que j’y aille avec ma mère car elle, elle parle très bien.

Mon nom japonais est Yutaka Toyota, en lettres japonaises, on peut le lire de haut en bas et de bas en haut. C’est la même chose. Je suis né au Japon, mes parents aussi, tout le monde. J’y ai été élevé jusqu’à mes 18 ans plus ou moins. J’étais à Yamagata. Je suis toujours resté dans cette ville de province, j’ai donc le cœur, le sang japonais, je suis vrai japonais. J’ai été baigné dans cette atmosphère spiriruellement.

Depuis tout petit, j’aime beaucoup la peinture. J’ai appris à l’université d’art de Tokyo, et après je suis allé à l’Institut de recherche industrielle de Shizuoka, un Institut de l’Etat, et là aussi j’y ai beaucoup appris sur le design et sur les matériaux industriels. Je travaillais pour l’Institut de recherche industrielle et je donnais des cours. A cette époque-là, il y avait Yamaha, Honda, toutes ces entreprises étaient dans la région de Shizuoka. Et là où je donnais les cours, il y avait une usine de machines à coudre, et cette usine voulait s’implanter au Brésil. Le président m’aimait beaucoup, alors il m’a demandé : « Monsieur Toyota, vous ne pourriez pas nous suivre, car notre usine va s’implanter au Brésil ? Le Brésil est riche en bois et tous ces types de matériaux, c’est pour ça que nous voudrions nous y implanter.» J’ai donc accepté et je suis venu pour un an au Brésil pour enseigner le design. Et après un an -c’était une mission-, je suis retourné au Japon.

J’ai beaucoup aimé le Brésil et j’ai dit au président de l’Institut : «Le Brésil j’aime beaucoup, j’aimerais vraiment y retourner.» Ils ont accepté ma demande. Et je suis revenu en 1958, comme immigré. J’ai donc commencé à vivre au Brésil. Je faisais tous ces voyages en bateau, à l’époque, il n’y avait pas d’avions. C’était bien difficile à cette époque.

Lorsque je suis arrivé ici au Brésil, c’était complètement différent. Le pays, les paysages. Le Japon est petit, ici c’est grand. J’ai donc senti quelque chose de cosmique. Et dans mon œuvre aussi, ça a tout fait

changer. Avant elle représentait plutôt des paysages, c’est ce que j’exprimais le plus. Mais quand je suis arrivé au Brésil, je suis allé vers l’abstraction, vers la peinture abstraite. Quelque chose donc de bien différent, car le Brésil a une culture occidentale qui est en fin de compte très différente de la culture orientale. Je me suis donc vraiment plu ici au Brésil, parce qu’il y a beaucoup de personnes venant de tous les pays qui vivent ici, des français, des américains, de tous les pays. Des japonais, des allemands. C’est très intéressant au Brésil, ce mélange des cultures. Ils apportent des techniques, de nouvelles techniques, au Brésil. Et moi qui imaginais le Brésil très en retard ? Mais ce n’est pas le cas.

Je trouve qu’il y a beaucoup de contrastes entre le Brésil et le Japon. Par exemple là-bas au Japon, il y a des bâtiments qui n’ont été construits sans aucun clou, ils n’utilisent que la technique de l’assemblage, c’est vraiment très cérébral. Cela date de la période des constructions traditionnelles. Au Japon, il y a la tradition culturelle du bois et du papier. Mon père avait une usine de meubles, de bois, et ils faisaient des recherches, à l’époque de la guerre, sur le bois compact, le plus fin qui existait et le plus résistant possible. Ils ont travaillé là-dessus et ils ont même été jusqu’à fabriquer des avions en bois. Je trouve que le Japon était donc très en avance à cette époque, dans le domaine de la construction en bois. Il a beaucoup travaillé dans la construction des temples où tout est en bois. Il n’y avait rien d’autre. J’utilise finalement beaucoup de bois, j’aime travailler le bois, depuis l’époque de mon père, je l’observais continuellement. J’aimais beaucoup le bois, jusqu’à aujourd’hui j’utilise le bois.

Le Japon est très petit comme île. Il n’y a aucune matière première, ou presque pas, alors ils doivent faire marcher leur tête et leurs mains. Alors il y a toujours des choses très fines, délicates, très jolies, que font les japonais. J’aime beaucoup la culture japonaise. Quand je suis arrivé ici au Brésil, j’ai découvert beaucoup de choses, de bonnes choses, très

intéressantes, et sur la culture japonaise aussi. Quand j’étais au Japon, je ne ressentais rien de tout cela. J’ai compris que le Japon avait aussi énormément d’aspects intéressants y compris spirituellement. Le sang japonais. Alors quand je fais des sculptures, je crois que l’on dit ici que ce sont donc des œuvres de japonais. Je ne pense être en train de penser « japonais » mais cela transparait dans mon œuvre. Alors je suis encore un vrai japonais, peut-être la moitié de moi-même, aimerait bien être moitié Brésil, moitié japonais.

Daniel Augusto Utsumi. Je suis né à São Paulo, à l’hôpital Saboya. Mes grands-parents aussi bien du côté de mon père que du côté ma mère sont japonais. Mes parents, eux, sont brésiliens.

Mon grand-père paternel est venu à la fin des années 20, il racontait qu’il avait prix un bateau et qu’il était resté quarante cinq jours en haute mer pour venir jusqu’ici. Mon grand-père était ingénieur agronome, il est donc venu pour son travail, et puis, il a travaillé dans une petite ferme. Ma grand-mère est arrivée après, elle était professeur, mais après elle est resté avec mon grand-père et elle n’a plus travaillé. Il s’agissait de ces mariages de convenance, alors ça a duré un peu, mon grand-père ne connaissait pas ma grand-mère, il l’a connue après, ils se sont connus d’après photos et ma grand-mère a donc pris la décision de venir pour se marier. Elle est donc venue au Brésil après sept ans. Mon père est très réservé, il ne parle pas beaucoup de la famille, ni de lui non plus. J’essaie de respecter son silence.

Mes grands-parents maternels sont arrivés dans les années 30, ils sont venus pour chercher du travail, à la recherche d’une nouvelle vie, mais ils n’avaient pas de travail avant d’arriver, non, un travail déjà prévu, en perspective. Parfois, ma mère parle un peu de son enfance, qu’elle a passé à Lins, elle n’était pas ici à São Paulo, elle était dans une ville de province. La famille de ma mère est plus extravertie et plus bavarde.

Je ne parle pas japonais, j’aimerais bien, j’aurais bien aimé pour pouvoir parler avec mes grands-parents, mais je n’ai pas de facilité pour parler japonais et puis à l’époque ça ne m’intéressait pas.

Une chose que je pense avoir hérité de mes grands-parents, c’est l’amour de la nature… Mon grand-père était agronome, et il aimait beaucoup les plantes, ma grand-mère aussi aimait beaucoup les plantes

et mon père aussi, ma mère aussi, et moi aussi j’aime beaucoup les plantes. Je crois donc que c’est quelque choses qui vient un peu de la culture japonaise.

Je me considère brésilien, malgré le fait de ressentir quelques caractéristiques de la culture japonaise, quelques traits de caractère, de la culture japonaise, en plus du physique, en plus de l’apparence physique qui est évidente, mais culturellement je trouve que j’ai quelques marques de la culture japonaise. Dans le comportement par exemple, la posture, la discipline, je me vois comme quelqu’un de très discipliné – je crois que la culture japonaise est disciplinée – quelqu’un qui respecte, observe le temps, et la manière de faire les choses, et bien, je pense que j’ai tout ça en moi. Le fait de se limiter, je crois que c’est quelque chose que je préserve, par exemple, je suis végétarien, et bien sûr je ne mange pas de poisson mais du riz, du riz japonais, j’en mange tous les jours, du furikaki, c’est une sorte de condiment avec des graines de sésame et des algues. Mais c’est une chose qui se mêle aux habitudes brésiliennes, je mange du riz japonais avec des haricots. La culture, je trouve qu’elle est vraiment enracinée, enracinée en moi.

Je suis psychologue, aujourd’hui je fais mon doctorat en neuropsychologie et j’exerce aussi en tant que thérapeute : je pratique la thérapie somatique, c’est-à-dire la thérapie corporelle.
Je pense que cela est vraiment lié au Japon car le Japon, la culture japonaise, la tradition japonaise s’intéresse au corps, dans le mouvement par exemple, non, dans la connaissance profonde, je pense donc qu’il y a une relation avec la thérapie que je pratique aussi.

Je crois que le japonais a une particularité, il recherche la perfection. Seulement, moi en tant que psychologue, en tant que personne qui cherche à se connaître, je découvre que la perfection n’existe pas, que ce qui est parfait n’existe pas, mais qu’il existe l’harmonie. Alors je note que le japonais, il va un peu vers cette recherche d’un équilibre, et je m’identifie à cela car je suis quelqu’un qui recherche l’équilibre,

les excès, je cherche à voir les points d’équilibre, quelques-uns des préceptes du bouddhisme, comme suivre la voix du milieu.

J’ai beaucoup de respect pour le Japon, je trouve que c’est un peuple courageux, un peuple qui réussit à trouver un équilibre à l’intérieur du chaos, mais je trouve aussi qu’il existe des caractéristiques qui empêchent d’avancer. Par exemple, cette grande rigidité, Je trouve que c’est un peuple très rigide, intolérant vis à vis de certaine chose.Je pense que cela va à l’encontre d’un certain progrès.

Je crois que le brésilien est quelqu’un qui a l’habitude d’être très proche des autres, d’être plus ouvert aux autres. Je pense que le japonais est plus réservé. Il a un comportement plus limité. Quant au brésilien, il est plus expansif, il se lie d’amitié plus facilement, il parle même de lui plus ouvertement. Je trouve que moi aussi, je suis une personne réservée, comme le japonais, je suis discret mais en même temps proche des autres, je suis déjà davantage extraverti, plus que le japonais habituel.